, et 2015-01-23

Centre culturel et lieu de recherche, l’Institut des Cultures d’Islam est créé en 2006 à l’initiative de la Mairie de Paris. Situé au 19 rue Léon, dans le quartier de la Goutte d’Or du 18e arrondissement de Paris, il permet de découvrir la richesse et la diversité des cultures musulmanes contemporaines de France et d’ailleurs. En 2013, nous rencontrions sa directrice d’alors, Véronique Rieffel. Interview. 

« C’est la plus belle initiative de lutte contre les préjugés, de construction d’une société pleinement inclusive et soucieuse de toutes les identités de Paris » assure Hamou Bouakkaz, adjoint au Maire de Paris, en charge de la démocratie locale et de la vie associative, « Nous sommes dans une approche pédagogique, de construction d’un vivre ensemble et de mutualisation de nos singularités pour faire une société plus belle, qui nous ressemble en nous rassemblant ».
Un point de vue que partage Véronique Rieffel, directrice de L’institut des Cultures d’Islam, qui nous rappelle que « La pensée européenne s’est beaucoup construite en terre d’Islam. Kandinsky, Kupka, Matisse ou Paul Klee se sont beaucoup inspirés des Arts d’Islam dans leur volonté d’un art moins mimétique et plus spirituel. Ils y ont trouvé appui et légitimité pour creuser la voie de l’abstraction. Le Corbusier, grand architecte franco-suisse de la modernité a puisé son inspiration en Turquie ou en Algérie, dans la vallée du M’zab. Il n’y a pas de cloisonnements entre le monde islamique et le monde occidental, il y a eu dans l’histoire de l’art énormément de rapprochements, de croisements, d’inspirations réciproques et il n’y a pas de raisons qu’il en soit autrement aujourd’hui. »

Des contacts qui font bouger les lignes et décloisonnent

Mustapha Benfodil, journaliste, écrivain, auteur de End/Igné note quant à lui qu’« il y a une très grande diversité dans les cultures d’Islam, tout un spectre de nuances. Les cultures sont faites pour se bousculer les unes les autres, pour apporter du sang neuf, pour permettre de décloisonner et de goûter à autre chose. Une opération par transfusion qui permet d’injecter d’autres sens dans un monde qui marche à sens unique ».
C’est ce qu’entend montrer l’Institut des Cultures d’Islam qui, au travers de sa programmation, se fait l’écho de l’actualité et nous invite à questionner nos perceptions du monde contemporain. Au delà de l’exposition de photographies de Martin Parr The Goutte d’Or  qui en 2011 connut un grand succès, ce sont des artistes comme la plasticienne Halida Boughriet, le metteur en scène Kheireddine Lardjam, le journaliste-écrivain Mustapha Benfodil, la chorégraphe Nacera Belaza et plus généralement des plasticiens comme Mounir Fatmi, Anissa Bouziane, des dramaturges comme Myriam Marzouki. « Tous ces gens qui aujourd’hui sont oriento-occidentaux et pour lesquels il n’y a pas un choix mais une richesse de l’entre-deux » assure Véronique Rieffel.

Un espace ouvert sur le quartier, amené à s’agrandir

L’institut des Cultures d’Islam propose aussi des projections de vidéos et de films, des concerts, des cours de langue (l’arabe parlé et non pas l’arabe classique, celui-ci,  généralement enseigné en France, est l’équivalent du latin pour les européens), un bar associatif, des associations de quartiers qui disposent de locaux, des visites commentées du quartier de la Goutte d’Or, tout un ensemble d’activités qui font que ce lieu va devoir s’agrandir.
Bientôt deux nouveaux établissements vont voir le jour : l’ICI Goutte d’Or, abritant une future mosquée, en cours de construction au 56 rue Stephenson et l’ICI Barbès, prévu pour 2015. Ils accueilleront des artistes en résidence et mettront au service du public des espaces d’expositions, une bibliothèque, des salles de cours et un hammam, entre autres. Deux nouveaux lieux pour regarder, échanger et dialoguer avec un monde islamique fort de plus d’un milliard de musulmans, répartis dans des pays tels que l’Indonésie, la Malaisie, l’Inde, la Chine, les pays d’Afrique et les pays arabes qui nous sont proches, pour garder le contact avec le réel.
« Ça pourrait montrer aux sociétés que les peuples qui ont un background islamique ne sont pas dans une posture figée » estime Mustapha Benfodil. « Ils questionnent eux-mêmes ce paradigme, ils questionnent eux-mêmes ces valeurs et ils peuvent se réinventer tout en se réclamant de cet espace identitaire. Pour moi, c’est quelque chose qui est en mouvement, qui bouscule les archaïsmes et qui est porteur d’une forme de liberté ».

Une reconnaissance internationale

Créé en Angleterre par le Victoria and Albert Museum de Londres, le fameux Djamel Prize célèbre les artistes contemporains d’inspiration islamique, preuve, s’il en fallait, de l’intérêt grandissant du monde occidental pour ces artistes. L’Institut des Cultures d’Islam est certainement une chance pour Paris et ses habitants. Gageons que ce beau projet légitime saura apaiser les conflits, ouvrir de nouvelles perspectives et dévoiler de nouveaux talents.

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